Le Cinéma d' Exterminator


Licencié de la banque que dirige le cynique Miremant, le fondé de pouvoir Henri Rainier veut comprendre pourquoi. Et il y parvient : il a juste servi de bouc émissaire pour épargner un scandale à un bon client de la banque, Chevalier d'Aven. Aidé de son épouse et d'une syndicaliste, il mettra la vérité au grand jour. (Résumé : Source : cinemovies.fr)

Le monde de la finance est aussi risqué qu'impitoyable. Et l'actualité récente n'a fait qu'étayer la théorie que la corruption et la manipulation font partie intégrante d'un système qui, finalement, se mord la queue. Malgré cela, nous ne sommes certainement pas arrivés à la fin de ce système obscur qui perdure depuis déja bien longtemps. De nos jours, quasiment personne n'ose traiter un sujet qui risquerait d'irriter une certaine élite qui condamne aussi bien qu'elle cautionne et il faut presque remonter à 30 ans pour retrouver une véritable critique qui pointait déja les dysfonctionnement d'un rouage bien huilé en apparence.
En adaptant le roman de Nancy Markham basé sur la véritable histoire de cet homme pris au piège malgré lui, Christian de Chalonge allait en effet parfaitement mettre le doigt sur les travers les plus obscures du monde des finances et de l'entreprise.
Le défi n'était pas simple. Comment expliquer de manière simple et intéressante, les agissements d'un milieu austère et difficile d'accès ? Par une mise en scène particulièrement inspirée, l'auteur va prendre le parti de nous balader dans un univers à la frontière du fantastique. Tout d'abord, par une construction originale qui a le mérite de ne jamais perdre le spectateur qui, malgré les flash back et les divers récits, sait toujours où il se situe. Mais aussi par une multitude de décors à la limite du surréalisme, entre un cabinet de recrutement complètement déshumanisé où l'on ne communique que par la voix, et les diverses "salles" de la banque d'une froideur glassante. De Chalonge nous immerge donc dans un univers repoussant sans pour autant nous donner envie de fuir avec un grand talent.
Il est aussi aidé par un fantastique casting réunissant la crème du cinéma français de l'époque avec à sa tête un Jean Louis Trintignant inattendu dans la peau de cet enployé de banque lambda qui sera le bouc emissaire d'une direction désireuse de camoufler des agissements qui la mettrait en péril. Dans le rôle du président de la banque, Michel Serrault est un parfait pourri, décidement crédible quelque soit le costume qu'il endosse. Entre eux, il y a Claude Brasseur qui incarne à merveille un investisseur gourmand qui a réussi à duper tout son monde. Et puis ce sont les Deneuve, Perrot etc.. qui complètent parfaitement une galerie de personnages tous aussi intéressants et utiles les uns que les autres.
D'une admirable clareté, le script nous permet lui aussi de suivre cette intrigue sans un seul temps mort où d'une scène à l'autre, il est quasiment impossible d'anticiper la suite.
Pas etonnant donc que le film reçu à l'epoque une floppée de récompences et pas des moindres. En effet, outre le prix Louis Delluc, ce long métrage a obtenu le César du meilleur film et du meilleur réalisateur en 1979, ce que, pratiquement tout le monde a oublié.
Véritable pierre angulaire d'un cinéma français engagé qui a presque définitivement disparu aujourd'hui, "L'Argent des Autres" se doit d'être vu et revu, surtout en ces temps de crise...

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Dim 21 jun 2009 Aucun commentaire