Une fin d'après-midi à Orly. Un ressortissant soviétique demande asile aux U.S.A. Il est intercepté par les services
secrets français, qui espèrent en obtenir des renseignements. Après un essai de chantage raté, les Français doivent s'incliner, et le remettre à l'ambassadeur des U.S.A. Le colonel Vlassov
pénètre donc au coeur de l'imposante machine qu'est la C.I.A. (Résumé : source : cinema.encyclopédie).
Transfuge : personne qui change de parti, qui trahit une cause. C'est sur cette simple définition que Henri Verneuil va construire l'un des films majeurs de sa filmographie en adaptant
librement, avec la complicité de Gilles Perrault, le roman de Pierre Nord : Le Treizième Suicidé.
A l'issue du succès du "Casse" avec Jean Paul Belmondo, Verneuil décide d'aborder un genre plus sérieux, plus austère en s'attaquant au film d'espionnage dans la plus pure tradition américaine,
exposant avec moults détails, le fonctionnement des services secrets internationaux. Un sujet ambitieux qui pourrait s'avérer lourd et difficile d'approche. Mais Verneuil et Perrault ne se
démontent pas et parviennent à écrire une intrigue simplifiée tout en étant riche en évènements et bouleversements.
C'est donc l'histoire d'un tranfuge sovietique, décidé à passer à l'Ouest car déçu par l'ignorance de ses compétences par le régime. En échange de l'asile politique aux USA, il se propose donc de
démonter tout un réseau de renseignements souterrain, impliquants de hauts fonctionnaires allemands, anglais et français. Verneuil permet donc au spectateur de le plonger dans les mécanismes
d'interrogation et d'investigation de la CIA à la manière proche du documentaire. Il y décortique à merveille une organisation forte d'une technologie à la pointe pour
l'époque avec, à sa tête, un chef aiguisé.
Dépourvu d'action, l'ensemble peut paraitre rébarbatif mais grace au talent narratif de Verneuil, on se laisse rapidement emporter par cette intrigue fictionnelle qui se regarde comme un long
reportage qu'on aurait pu intituler : Inside the CIA. Sans pour autant opter pour la caméra à l'épaule, le réalisateur parvient parfaitement à donner au spectateur, une impression de prise de vue
en temps réel. On a vraiment l'impression d'assister aux côtés des protagonistes aux évènements d'une intrigue passionnante, accompagnés par une voix off remarquablement
intégrée.
Pour un tel projet à l'allure toute américaine, Verneuil se devait de faire appel à des acteurs d'envergure pour rendre un maximum crédible son entreprise. Fort d'une double
collaboration avec de grands comédiens américains, Charles Bronson et Anthony Quinn sur "La Bataille de San sebastian", le cinéaste convainc les immenses Henry Fonda, Yul Brynner
et Dirk Bogarde de participer au film, lui donnant une caution non négligeable. Accompagnés des français, Philippe Noiret et Michel Bouquet, ils nous offrent de grand numéros
d'acteurs, à la hauteur de leurs carrières respectives.
Au final, Verneuil réussi un film à la fois sobre et tendu parfaitement maitrisé, rappelant les heures sombres de la situation géopolitique mondiale de la seconde moitié du
vingtième siècle.