Partager l'article ! Tesis de Alejandro Amenabar 1996: Pour sa thèse sur la violence audiovisuelle, Ángela Márquez (Ana Torrent) sollicite l'aide de Chema ...
Pour sa thèse sur la violence audiovisuelle, Ángela Márquez (Ana Torrent) sollicite l'aide de Chema (Fele Martínez), un
autre étudiant, spécialiste du cinéma "extrême". À la mort du professeur Figueroa (Miguel Picazo), son directeur de recherche, elle découvre une cassette vidéo montrant la torture et la
mutilation d'une jeune fille, et la présente à Chema. Celui-ci reconnaît Vanessa (Olga Margallo), une étudiante disparue deux ans auparavant. Ensemble, ils mettent à jour un trafic de snuff
movies au sein même de leur université. Au cours de leur enquête, ils font la connaissance de Bosco (Eduardo Noriega), un ami de Vanessa. Celui-ci serait-il plus impliqué qu'il ne semble dans
cette histoire ? Et que penser de Chema qui a un comportement plus qu'étrange ? Ángela devra savoir se jouer des apparences... (Résumé : Source : cinemovies.fr)
De tous temps, les légendes urbaines ont alimenté l'imaginaire des hommes, répendants des histoires, telles des rumeurs à travers le monde. Du bouche à oreille aux emails, chaque jour voit naitre
une nouvelle histoire montée de toute pièces, alimentant la curiosité du tout un chacun.
C'est au milieu des années 70 que la légende du snuff movie, sorte de film clandestin montrant des meurtres réels, fait son apparition. La rumeur de l'existence grandissante de tels films s'est
tellement répendue à l'époque qu'on a même soupçonné Ruggero Deodato, le réalisateur de "Cannibal Holocaust" d'avoir réelement tué ses acteurs sur le tournage. Un procès plus tard, le
réalisateur a été blanchi et on a jamais pu prouver l'existence de tels films.
Et c'est sur cette légende que se base le scénario du premier film remarqué du prodige espagnol, Alejandro Amenabar qui pointe de manière brillante le pouvoir des images et la curiosité
humaine.
Entre thriller et film d'horreur, Amenabar installe rapidement une ambiance oppressante où une jeune étudiante préparant une thèse sur la violence audiovisuelle, va être prise dans un engrenage
dangeureux entre curiosité et obsession.
Dès le départ, Amenabar tisse une toile, multipliant habilement les pistes où chaque personnage est soupçonnable. Grace à une utilisation subtile du hors champs et des décors (il n'y a
quasiment aucune scène extérieure), la tension est omniprésente, emportant sans conteste le spectateur dans ce jeu de pistes intelligent. On retiendra notamment, la superbe
scène des allumettes dans les entrailles de l'université, véritable modèle de mise en scène. Le travail sur le son participe, lui aussi à la réussite du long métrage, laissant constamment
planer un sentiment qui met mal à l'aise. Le casting n'est, quant à lui, pas en reste, chacun jouant sa partition avec brio, parfaitement dirigés par le jeune réalisateur.
On ne peut qu'être admiratif devant ce premier film réalisé à l'age de 20 ans qui traite son sujet sans excès, distillants les scènes horrifiques par petites doses et suscitant chez le
spectateur la même curiosité que ses personnages en se posant la question suivante : Doit-on regarder ou pas ?
En effet, au-dela de l'intrigue, Amenabar propose une vraie reflexion sur le pouvoir d'attraction des images violentes. Comme l'affirme l'un de ses personnages, chaque être humain a une part
de violence innée mais doit-il pour autant le développer ? La dérive à laquelle nous sommes confrontés tous les jours devant nos écrans ne fait malheureusement qu'alimenter cette
reflexion.
D'une intelligence et d'une qualité cinématographique exceptionnelle pour un premier film, "Tesis" est assurément, un classique instantané marquant à l'époque, le renouveau d'un cinéma
espagnol qui écrase sans hésitation ses voisins européens.