David est un adolescent réservé, oubliant sa vie maussade en regardant le feuilleton Pleasantville, qui se
déroule en noir et blanc durant les années 1950 dans une ville idéale. Sa sœur Jennifer est plutôt extravertie et ne manque pas de se chamailler avec lui. Alors qu'ils se disputent la
télécommande, ils se retrouvent soudain à Pleasantville, en noir et blanc, dans la peau de deux personnages, Bud et Mary-Sue Parker. David en vient à vivre ses émotions et à les affirmer...
(Résumé : Source : wikipédia)
C'est avec un certain étonnement que l'on constate de nos jours dans quel relatif oubli est tombé ce film qui mériterait une toute autre exposition. En effet, même si le succès n'a pas été tout à
fait au rendez vous (le film rapportant une somme totale de 49 M$ pour un budget de 60M$), son sujet brillament traité fait preuve d'une intelligence et d'une justesse que le
cinéma commercial US a perdu depuis un bon moment.
Film ambitieux, c'est d'abord, la première réalisation remarquée d'un scénariste correct, Gary Ross, auteur des scripts de films comme "Big" ou Président d'un Jour", qui nous propose ici, sous
couvert d'un très bon divertissement, une véritable réflexion sur la différence, l'intolérence ou simplement la liberté d'expression...
C'est donc l'histoire de deux adolescents de notre époque qui "débarquent" soudainement dans l'univers d'un vieux feuilleton aseptisé des années 50 en noir et blanc où il fait toujours beau, où
tout le monde a une vie bien rangée tels des moutons, où il ne se passe donc pas grand chose...bref, le reflet ultra conservateur de la vie de la petite famille
américaine avec papa qui travaille, maman qui est aux fourneaux et les enfants à l'école. Mais l'arrivée de ces deux jeunes gens va provoquer une véritable révolution dans ce monde
qui sent la naphtaline, provoquant un nombre conséquent de situations de comédie assez réussies dans un premier temps. Mais par la suite, le film prend une toute autre dimension dès
l'apparition de la couleur dans cet univers en noir et blanc, comme si un vent de liberté amenée par les deux "intrus" venait à souffler dans ce semblant de dictature. Car oui, ce changement va
vite déranger. On a peur du changement, de ce que l'on ne connait pas...les gens se mettent à lire, à penser ou tout simplement à aimer, bref, à avoir des sentiments, ce qui ne sera pas du gout
de tout le monde.
Gary Ross expliquait à l'époque qu'il a voulu démonter le mythe des valeurs familiales traditionnelles véhiculées par des films comme "Forrest Gump" et que son intention était avant tout
politique, voyant une certaine régression traditionnaliste, pointer du nez.
Par des ficelles (certes pas toujours très fines), le réalisateur n'hésitera pas à comparer le retour à certaines valeurs, au fascisme comme en témoignent la scène de l'autodafé ou les
pancartes interdisant aux gens "colorisés" de pénétrer dans les magasins.
Bourré de bonnes idées, le film est aussi d'une grande réussite formelle où les effets numériques de colorisation participent grandement à la qualité globale de l'entreprise, sans parler
d'un très bon casting où se mêlent les excellents Tobey Maguire, Reese Witherspoon, Joan Allen, William Macy ou un Jeff Daniels, absolument touchant.
Entre comédie, émotion et reflexion, "Pleasantville " nous embarque pendant presque deux heures dans un fantastique voyage à la frontière entre "Retour vers le Futur" et "The Truman
Show".