Partager l'article ! Eaux Profondes de Michel Deville 1981: À Jersey vit un couple. Vic est le plus vieux Français de l'lle. Il invente des parfums. C'est un ...
À Jersey vit un couple. Vic est le plus vieux Français de l'lle. Il invente des parfums. C'est un homme patient et calme. Il aime à la folie Mélanie, sa jeune épouse, et garde un sourire figé lorsque celle-ci s'amuse trop ouvertement avec ses amants.
Mélanie est une femme enfant. Elle s'ennuie vite et les loisirs de son mari (les échecs, l'élevage des escargots ou la musique de Manuel De Falla) ne lui semblent pas du tout de son âge. Mélanie aime danser et se jette au cou des hommes qui lui plaisent. La présence de son mari ne la gêne pas.
Mais Vic a une arme secrète pour écarter les gêneurs trop empressés: il insinue être le meurtrier d'un des amants de
Mélanie. (Résumé : Source : cinema-français.fr)
Longtemps assistant de Henri Decoin, ancien complice de Nina Companeez et, finalement, cinéaste à la filmographie plus que fournie, Michel Deville s'est toujours préoccupé aussi bien du fond que
de la forme dans ses films. En témoignent des films comme "Le Dossier 51", tout en caméra subjective, "La petite Bande", film sans dialogues ou toute sa série de métrages sur les relations
amoureuses, "Péril en la Demeure", "le Voyage en Douce" ou ces "Eaux profondes", adapté d'un roman de Patricia Highsmith où se developpaient les thêmes de l'identité et de la passion meurtrière.
Des thêmes chers au cinéaste qui ne pouvait pas passer à côté de ce sujet. Et avec une pointe de perversité et de provocation, à l'image de se personnages, Michel Deville réussi le pari de rendre
intriguante et passionnante cette analyse psychologique de la passion destructrice. Sous une forme privilégiant les regards, les non-dits, les situations ambigües, Deville installe une atmosphère
pesante entre cette femme qui a sans cesse besoin de renouveler son quotidien et son mari qui, contre sa nature, cautionne les "envies" de sa femme par amour jusqu'à ne plus le supporter.
En choisissant l'ile de Jersey pour décor, Deville décuple l'impact de cet enfermement amoureux auquel est "victime" le personnage de Jean Louis Trintignant et sa plongée quasi irréversible,
voyant peu à peu la situation lui echapper. Quelque part, certains vous diront que l'amour n'est pas un chemin balisé où on est à l'abri de tout mais Deville nous fait comprendre que c'est un
sentiment pouvant provoquer une rare violence psychologique, un aspect, finalement assez rarement traité avec justesse au cinéma.
Au dela du scénario et de la mise en scène, le récit de ce couple ambigu et pervers qui se prend à un jeu de plus en plus dangereux est superbement interprété par une Isabelle Huppert aussi belle
qu'inacessible, entre femme enfant et femme fatale et un Jean Louis Trintignant, absolument parfait, entre contrôle, colère et manipulation.
Entre drame et polar, Michel Deville signe une analyse du couple particulièrement originale et réussie.