Vendredi 8 août 2008

Au cours d'une banale enquête sur un holdup, le juge Fayard finit par établir une relation entre le gang des "Stéphanois", des politiciens et d'importants hommes d'affaires. Ceuxci se sentant en danger, tentent de faire pression sur Fayard, mais le juge est bien décidé à aller jusqu'au bout de ses investigations.  (Résumé : Source : cinemotions.com)

Pendant plusieurs décennies, Yves Boisset s'est toujours imposé comme le représentant d'un cinéma contestataire, dénonçant les travers d'une société corrompue, une société hypocrite qui a souvent du mal à se regarder en face. Il suffit de voir sa filmographie pour le vérifier. De "Dupont Lajoie" à "RAS" en passant par le prémonitoire "Prix du Danger", Boisset, que certains qualifiront de démago, a toujours su provoquer la polémique en pointant les travers de notre système et de la corruption de nos institutions.
Pour illustrer les divers liens entre le pouvoir politique et le milieu, Boisset va reprendre l'histoire vraie du Juge Renaud, assassiné en 1975 devant son domicile à Lyon, qui enquêtait sur divers dossiers impliquant plusieurs personalités, supposées liées au milieu. Après de longues années d'enquêtes et plusieurs procès, un non-lieu sera prononcé sur l'assassinat du juge, réduisant à néant, toutes ses investigations qui auraient surement bousculé certaines personalités et fait grand bruit.
Deux ans après les faits, Boisset met donc les pieds dans le plat sans aucun remords en adaptant de manière explicite, ce fait divers en composant le personnage de son juge, s'inspirant de la personalité de plusieurs autres magistrats de l'époque. le Juge Renaud, bien sûr mais aussi le Juge Michel, jeune et déterminé, le contesté Juge Pascal ou le substitut Ceccaldi qui forgent donc le caractère de ce juge Fayard, parfaitement interprété par le regretté Patrick Dewaere.
A travers un scénario méticuleux et une mise en scène frontale, Boisset va donc régler ses comptes avec un système qui ne lui plait pas, décrivant sans retenue les liens supposés, unissant donc à l'époque, le pouvoir politique, le SAC, sorte de police parallèle pro-Gaulliste qui fut dissoute en 1981 et le milieu.
En reprenant divers faits divers de l'époque, plus ou moins liés entre eux, Boisset va construire une intrigue passionnante, qui ne cesse de rebondir entre les diverses parties et devant les agissements courageux de ce juge intègre, bien décidé à aller au bout de ses investigations. Pour l'anecdote, soupçonnée liée à certaines de ces affaires, l'organisation du SAC a tout de même obtenu un arret de justice permettant la censure de sa prononciation dans le film. Lors de sa sortie en salle, le mot SAC fut donc remplacé par un Bip sonore.
Boisset balance donc un coup de pied dans la fourmillière en décortiquant sans finesse, les rouages de ces liens entretenant un système de connivence, d'impunités et de corruption. Il n'écarte aucun détail, c'est carré, frontal, sans aucune complaisance tout en étant spectaculaire. Boisset n'a, heureusement pas oublié qu'll fait du cinéma et équilibre parfaitement son film entre le pamphlet cinématographique et le polar typique. On ne s'ennuie à aucun moment, suivant avec passion et, il faut bien avouer, une certaine partialité, l'enquête de ce sheriff des palais.
Autour d'un Patrick Dewaere, une nouvelle fois époustouflant, on retrouve une galerie d'acteurs de très haut niveau : Philippe Leotard, Aurore Clément, Jean Bouise, Michel Auclair, Henri Garcin ou le grand Marcel Bozzuffi, toujours aussi inquiétant.
A travers ce film, Boisset nous démontre une nouvelle fois, à quel point, il manque dans le cinéma actuel, des auteurs contestataires, n'ayant pas peur de reveiller les consciences devant les agissements et l'impunité de certains.
Par exterminator - Publié dans : Policier / Thriller - Communauté : Vos articles nous intéresse !
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