1944, le jour J du débarquement en Normandie. Le capitaine John Miller a pour mission de retrouver le soldat James Ryan, dont les trois frères
sont morts au combat. Confrontés à une situation périlleuse, les hommes discutent les ordres et cherchent des réponses au coeur d'eux-mêmes. (Résumé : Source : cinemovies.fr)
Presque 10 ans après sa sortie, on résume souvent cette fresque de près de trois heures, à sa première demi-heure, théatre d'une reconstitution phénoménale du débarquement des troupes américaines
sur les plages de Normandie en 1944. Cette première partie qui se détache du reste du film, se suffit presque à elle même, tellement forte et marquante, un exemple de réalisme où Spielberg
ne nous cache rien de la violence et du massacre qui a eu lieu sur ces plages, poussant ce réalisme en créant, pour l'occasion, un "effet" visuel donnant au film, un aspect saccadé, proche
du documentaire lors des séquences de batailles obtenu en fermant le "shutter", l'obturateur de la caméra. Depuis, cette technique a fait des émules et a été maintes et maintes fois reprises
avec plus où moins de réussite et de justifications.
Bref, il est difficile de faire la fine bouche devant une telle leçon de cinéma, sans oublier un énorme travail sur le son, participant à une impression obsédante d'être pris au coeur de
cette bataille.
Après cette première demi-heure d'anthologie, démarre donc un second film. En effet, si cette première partie devient presque un exercice de style, elle ne justifie que très peu la suite, si ce
n'est pour nous présenter le chef et son équipe qui seront désignés pour retrouver le fameux soldat Ryan, qui a perdu ses trois autres frères sur le front. Difficile donc d'enchainer après cette
claque visuelle que constitue ce débarquement. Mais grâce à son art du découpage, Spielberg parvient rapidement à relancer notre intéret car c'était pas gagné.
Même si l'intention est louable et d'un romanesque avéré, il faut reconnaitre qu'il est difficile d'adhérer à l'idée que l'armée américaine, quatre jours après le débarquement, se soucie de
sauver l'un de ses soldats perdu derrière les lignes ennemies sous pretexte que c'est le dernier d'une fratrie et que sa mère ne s'en remettrait pas si ce dernier venait à disparaitre. Donc, pour
un seul homme, simple soldat, même pas gradé, on envoie une section de huit hommes.....même avec toute la meilleur volonté du monde, c'est difficile à concevoir et, en conséquence, le souci de
réalisme du début de film tombe, de ce fait, comme un soufflet...Même si ce scénario est librement inspiré d'une histoire vraie.....
Cette histoire, aux mains même d'un réalisateur moyen, aurait pù accoucher d'une catastrophe, sauf que c'est Steven Spielberg qui est derrière la caméra et qu'il a le talent pour sublimer
l'invraisemblable (quand il est inspiré néanmoins...). Grâce à un réel intéret pour cette guerre et pour ses personnages, Spielberg parvient avec talent à nous entrainer dans le périple de cette
section à travers les diverses "rencontres" qu'ils connaitront. Ces embuches feront des victimes, soulevant de réelles interrogations sur les rapports humains lors d'un conflit majeur. A voir,
les deux "rencontres" avec ce soldat allemand, d'abord en position de force, puis en position contraire. Malgré cela, le film s'étire un peu en longueur et souffre d'un petit problème de rythme,
notamment durant la (trop) longue scène dans l'église. Mais cette baisse est de courte durée, dès lors que la section, presque par hasard et, surtout, par chance...c'est ça le cinéma....tombe nez
à nez sur le fameux soldat Ryan. Point de départt de la dernière partie du film mais certainement pas la plus heureuse. Ni Spielberg, ni les acteurs ne sont en cause. Une nouvelle fois, le
script bancal de Robert Rondat confirme ses faiblesses avec un Ryan qui refuse de rentrer, désirant terminer sa mission auprès des survivants de sa section....Soit.....et après ? et bien.....Pour
ne pas faillir à leur mission de sauvetage, la section venu le sauver décide de participer à la mission du soldat Ryan, la défense d'un pont. Là encore, on a un peu du mal à y croire. Cette
dernière partie est surtout l'occasion de nous livrer une ultime scène de bataille, encore une fois spectaculaire et réussie, sans avoir, néanmoins le même impact que l'introduction.
L'épilogue pessimiste n'étant finalement qu'un enième constat de l'absurdité de la guerre, on en ressort avec un sentiment mitigé. Partagé entre l'impression d'avoir vu un grand film de cinéma,
entre une superbe réalisation de Steven Spielberg et l'interprétation admirable des Hanks, Burns, Sizemore ou Damon, et le sentiment d'avoir vu finalement un film, dans le fond, un peu creux
et peu vraisemblable, pas aidé par un scénario qu'on peut qualifier de tout sauf d'exceptionnel.