Partager l'article ! No Country For Old Men de Joel Coen, Ethan Coen 2007: A la frontière qui sépare le Texas du Mexique, les trafiquants de drogue ...
A la frontière qui sépare le Texas du Mexique, les trafiquants de drogue ont depuis longtemps remplacé les voleurs de bétail. Lorsque Llewelyn
Moss tombe sur une camionnette abandonnée, cernée de cadavres ensanglantés, il ne sait rien de ce qui a conduit à ce drame. Et quand il prend les deux millions de dollars qu'il découvre à
l'intérieur du véhicule, il n'a pas la moindre idée de ce que cela va provoquer... Moss a déclenché une réaction en chaîne d'une violence inouïe que le shérif Bell, un homme vieillissant et sans
illusions, ne parviendra pas à contenir. (Résumé : Source : cinemovies.fr)
Un retour aux sources pour les frères Cohen ? Certainement, avec cette adaptation du polar rural eponyme de Cormac Mc Carthy, se situant dans le Texas profond à l'aube des années 80. Un retour
aux sources d'abord parce les frères Cohen reviennent à leur premier amour, le thriller glacial, épuré au maximum de toute note d'humour, comme l'était leur premier film, le mythique "Sang pour
Sang". En effet, en dépit de nombreux excellents films, ils n'ont jamais été aussi inspirés en touchant à ce genre dans des films quasi inoubliables comme "Miller's Crossing" ou "Fargo". Pas
d'exception à la règle ici, pour ce qui devrait être l'un de leur film majeur, tant celui-ci atteint rapidement le statut de chef d'oeuvre.
Adaptant fidèlement le roman de Mc Carthy, les frères Cohen ont choisi une narration ultra sobre mais d'une intensité rarement atteinte, mélant les deux aspects de l'histoire de manière précise
et juste. Le film peut, en effet, se voir de deux manières différentes. Au premier abord, c'est un thriller implacable, une course poursuite entre un tueur et sa cible. Classique me direz vous.
Outre le fait que cette traque est traitée ici de manière particulière et intense, elle introduit une vraie réflexion sur la vielliesse, la remise en cause de ses valeurs et des changements du
monde qui nous entoure que l'on ne maitrise pas vraiment. Ce second aspect, est surtout caractérisé par le personnage du Sherif, décidé à protéger le traqué sans pour autant y
parvenir, tellement destabilisé par le "spectacle" que cette traque lui offre.
Presque deux films en un donc, mais le talent d'écriture des frères Cohen fait que ces deux aspects sont complémentaires, mieux, indispensables l'un de l'autre, ne faisant rapidement qu'un
Pour mettre en image ce superbe script, les frères Cohen ont donc choisi une mise en scène très sobre et très épurée avec de long moments sans dialogues qui précèdent quelques moments d'une
grande violence. Le tout est parfaitement maitrisé et n'est pas sans nous rappeler, outre le contexte de l'Amérique profonde encore encrée dans des traditions dignes du Far-West, les meilleures
réalisations du maitre disparu Sam Peckinpah. Ceux qui s'attentent donc à un rythme filmique soutenu risquent d'être déçu mais ce manque est tellement compensé par une intensité omniprésente,
voire par moments, ultra stressante, bien plus efficace qu'un montage soutenu et extremement découpé. Le film regorge de scènes absolument mémorables, promises à devenir cultes. On se souviendra
du passage du tueur chez un pompiste avec qui il joue la vie à pile ou face, ou de la "rencontre" entre le traqueur et le traqué dans une longue scène de fusillade qui commencera dans une chambre
d'hotel pour se terminer en pleine rue.
Il n'y a pas assez de superlatifs pour qualifier la qualité du casting dans son ensemble, encore moins quand on regarde les individualités. Un énorme coup de chapeau à la performance de Javier
Bardem en tueur psychopathe, certainement l'un des plus inquiétants des 20 dernières années, nous offrant une performance exceptionelle de tueur au pistolet à air comprimé. Sans
outrance, ni surjeu, il nous glace le sang à chacune de ses apparitions. On se réjouira aussi de la performance de Josh Brolin, irremplacable dans le rôle de ce bouseux pris dans un engrenage
qu'il croira maitriser jusqu'au bout. Plus qu'un coup de chapeau, c'est avec un énorme respect que l'on peut saluer la performance de Tommy Lee Jones dans le rôle de ce sherif en proie aux
doutes. A chacune de ses apparitions (assez peu nombreuses au final), il nous transmet sans peine, toute cette impuissance devant son incapacité à intégrer la remise en cause qui l'envahit.
"No Country for Old Men" fait assurément parti de ces films qui vous laissent sans voix pendant un bon moment après sa projection, tellement envahis par une multitudes de sentiments
ravageurs.
Tant que le cinéma nous donnera de tels chefs d'oeuvres, on peut dormir tranquilles